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A tort ou à raison !

A tort ou à raison !

L'une des causes, de conflits dans un couple vient du fait que l'un ou l'autre et très souvent les deux veulent avoir raison.

Il m'arrive alors de dire à chacun des membres du couple que j'accompagne “je vous crois", même si en apparence leurs propos semblent tout à fait opposés.

Je leur explique ensuite que: la vérité de l'un n'est pas la vérité de l'autre et n'est sans doute pas non plus la réalité. Entre le tout blanc et le tout noir, il existe une infinité de gris sur le nuancier.

La plupart du temps "chacun a raison de son propre point de vue” et comme disait Gandhi “il n'est pas impossible que tout le monde ait tort”.

Alors dans ce lieu d'échanges et de paroles qu'est mon cabinet , nous essayons ensemble de comprendre les désaccords, non pas “pour que l'un ait raison” mais “pour permettre à chacun d'être à nouveau en relation”.

Dans la vie de tous les jours, en famille, entre amis, au travail, en politique, il nous arrive de débattre sur des thématiques multiples et diverses. La plupart du temps nous avons tous plus ou moins raison et nous argumentons pour défendre notre point de vue. Il est sage de ne pas oublier que notre point de vue n'est jamais une vérité absolue. Je crois pour ma part que la Vérité Absolue n'existe pas.

Alors il nous faut apprendre à écouter différemment. Ecouter pour comprendre et non pas pour répondre. C'est un véritable challenge, auquel les couples sont également confrontés.

Quand ils arrivent dans notre cabinet, les couples sont en crise, en plein désaccord.

“Nous n'arrivons plus à nous comprendre, nous n'arrivons plus à communiquer” disent-ils.

Hors le problème n'est sans doute pas la communication car ils communiquent. En fait, c'est plutôt qu'ils n'arrivent plus à s'entendre .

Cet extrait du livre “chagrin” de Lionel Leroy illustre bien cela:

...après avoir marché côte à côte durant des années, cherchant la main de l'autre quand nous l'avions perdu, nous sommes maintenant comme deux coureurs lancés en sens inverse qui essaieraient de se dire un truc essentiel durant les deux secondes ou ils se croisent...cependant chacun crie trop fort pour entendre ce que dit l'autre...”

Apprendre à écouter l'autre avec empathie pour, avant tout, comprendre ce qui l'anime, ses ressentis, les émotions qui le traversent. Cela demande du temps, cela demande de s'arrêter, cela demande de décider de prendre soin de ce couple en crise.

Lorsque nous décidons de faire couple nous arrivons chacun avec notre sac à dos personnel. Il est rempli de notre histoire, de celle de notre famille, des moments joyeux et les moments plus critiques.

Nous arrivons avec les règles d'un jeu à laquelle nous jouons depuis notre enfance.

Des règles qui expliquent notre rapport à l'amour, à la sexualité, à l'argent, au partage des tâches ménagères, au travail, à la famille, à l'éducation des enfants... Notre compagne ou compagnon arrive avec un autre jeu qui implique d'autres règles intégrées elles aussi depuis l'enfance.

L'un a appris à jouer aux dames, l'autre aux échecs. * Yvon Dallaire, psychologue, auteur et conférencier canadien, explique la symbolique du jeu de dames et d'échecs dans son livre “Qui sont ses couples heureux”

Parfois il y en a un qui est persuadé que son jeu a plus d'intérêt que celui de l'autre. La lutte des pouvoirs au sein du couple qui suit la période dite “Lune de miel” des premiers temps n'est plus très loin.

Nous pouvons au début, adorer jouer alternativement avec les règles du jeu de l'autre.

Un jour nous jouons aux échecs et le lendemain aux dames, cela pourrait s'apparenter au partage des pouvoirs dans le couple.

Parfois dans un jeu dangereux de fusion, il arrive que l'un laisse tomber son jeu et ne joue plus qu'avec le jeu de son partenaire et abandonne ainsi une part de lui même.

L'idéal serait certainement que le couple avec toute la force de sa créativité, invente un nouveau jeu qui emprunterait, pourquoi pas, quelques règles du jeu de l'un et de l'autre.

Pour définir les règles de ce nouveau jeu, il est essentiel de savoir ce qui est important pour l'un comme pour l'autre.

Et donc, dans un premier temps, s'interroger personnellement :

De quoi ai-je besoin pour être heureux-se au sein de ce couple ? c'est parfois plus compliqué qu'il n'y parait.

Savoir exprimer clairement ses attentes, sans s'imaginer que l'autre “sait déjà, puisqu'il-elle m'aime”.

Ecouter et comprendre le point de vue de l'autre, ses désirs, ses attentes, ses besoins et vérifier auprès de lui, la justesse de ce que je comprends.

Comprendre également, sans en prendre ombrage, que parfois je peux, être involontairement le déclencheur des colères, des angoisses de l'autre.

Accepter les désaccords et se mettre d'accord sur ses désaccords. Dans la gestion des conflits négocier des compromis avec des ententes à double gagnants. * cf“ qui sont ses couples heureux” Yvon Dallaire.

Il arrive que de nouvelles règles de jeu voient le jour au sein de nos cabinets.

La première règle étant, pour le thérapeute comme pour le couple de s'appuyer sur les “forces du couple”.

La seconde serait l'utilisation du joker qui n'est pas la pour arrêter car le joker n'est pas un signal stop, c'est un ralentisseur.

Le joker est juste là pour calmer le jeu, pour reprendre ses esprits, se mettre à l'écoute de ses propres émotions et de celles de l'autre.

Calmer le jeu pour ouvrir une autre voie, il ne s'agit plus alors de se demander qui a raison ? mais que puis-je apprendre de toi ? que puis-je apprendre de moi ?

Et si nous n'oublions pas d'inviter l'humour et l'autodérision bienveillante il y a la promesse de belles parties.


et comme dit Raymond Devos:

“On a toujours tort d'essayer d'avoir raison, devant quelqu'un qui a toutes les bonnes raisons de croire qu'il n'a pas tort !”


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